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Publié le 28/07/2020

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Quel monde d’après pour l’enseignement agricole ?

Philippe Poussin, Secrétaire Général du CNEAP

La crise sanitaire du Covid-19 a révélé les failles que nous connaissons (pénurie de stocks, dépendance extérieure, etc.). Mais elle a aussi mis aussi en lumière des pans de notre société dont on sous-estimait l’importance comme celui du monde médical, que l’on ignorait comme celui du personnel d’entretien ou que l’on montrait parfois du doigt à l’instar du monde agricole. Car qu’a fait cette crise si ce n’est rabattre les cartes pour replacer des secteurs essentiels au centre du village ? Et c’est particulièrement le cas du monde agricole - pilier de nos territoires en matière d’alimentation, de services à la personne ou de préservation des écosystèmes naturels – qui a été fortement perturbé par le Coronavirus. Pourtant, l’enseignement agricole a déjà un pied dans le monde d’après parce que travaillant avec le vivant, son adaptation sur celui-ci est déjà constante. Demain, elle le sera d’autant plus.

L’impact du covid-19 dans l’enseignement agricole

La crise sanitaire a sûrement affecté les lycées professionnels agricoles de manière plus importante que l’enseignement général. A cela deux raisons. Les lycées proposent une alternance entre des cours généraux classiques et des travaux pratiques (ateliers sur des exploitations, sur des plateaux techniques, exercices de manipulation) qui n’ont pas pu être réalisés pendant le confinement. Au second semestre, les élèves doivent parallèlement effectuer des stages en entreprise de l’ordre de 5 à 6 semaines qui n’ont pas été entièrement effectués. Les liens avec l’entreprise, pourtant essentiels, ont été affaiblis.

En revanche, si les élèves ont été effectivement pénalisés sur la partie pratique des cours, la crise sanitaire liée au covid-19 a aussi été le vecteur de nouvelles opportunités d’enseignement concernant les cours généraux. Le bilan que tire la majorité des lycées agricoles met en exergue l’inventivité éducative mise en place par les enseignants pour assurer la continuité pédagogique. A commencer par l’appropriation rapide de nouvelles techniques de communication à distance (réunions virtuelles, visioconférences, webinars, création de sites internet, plateformes numériques et ENT, etc.). Cette crise a été un déclencheur d’innovations pédagogiques qui ont remis en cause le fonctionnement traditionnel de la classe en présentiel. Et contrairement à ce qu’on pouvait penser, l’enthousiasme des jeunes élèves est toujours là. A date, on peut constater que les relations n'ont pas été brisées, bien au contraire : elles se sont renforcées d'après plusieurs témoignages d'apprenants, de leurs familles et des équipes pédagogiques et éducatives.

S’adapter en permanence face à l’incertitude

Certes, l’enseignement agricole a dû s’adapter. Mais en réalité, celui-ci n’a jamais cessé de s’accommoder pour la simple et bonne raison que son éducation porte sur le vivant. Et par définition, le vivant est une matière qui change et qui évolue en permanence. C’est pour cette raison que cet enseignement cette discipline sait depuis longtemps briser les choses acquises, apaiser les craintes et les doutes, mutualiser les expériences collectives - en identifiant ce qui a été réalisé avec succès – et agir avec plus d’autonomie.

Il ne faut pas se voiler la face. Le monde d’après sera sans doute redoutable car nous avançons avec incertitude. Raison pour laquelle il faut se poser les bonnes questions sur les impératifs d’adaptation. Pourquoi doit-on s’adapter ? Car il ne faut pas s’acclimater dans une logique de seule maîtrise de l’appropriation sauvage de la nature mais plutôt considérer que l’on s’adapte davantage à l’environnement dans un but de respect de ce qu’il est déjà. Soyons clairs. Il ne faudra probablement plus "dominer" son environnement dans les années qui viennent mais bien s’accommoder à celui-ci, créer une relation de réciprocité : la fameuse « maison commune ».

Faire évoluer les pratiques

Aujourd’hui et en ce qui concerne les cours classiques, nous devons maintenir l’intérêt de l’enseignement agricole à distance créé pendant la pandémie et capitaliser sur la plus-value éducative qu’il a apporté. Rappelons que les lycées agricoles en zone rurale rassemblent des populations parfois très isolées. C’est pourquoi, il est important d’utiliser des outils digitaux - telles que les visioconférences par exemple - pour créer un lien à distance entre les élèves et les enseignants. Ils permettent de fédérer le réseau et de l’architecturer au travers d’un travail coopératif et collaboratif. Ces outils numériques, au-delà de la fracture numérique que les pouvoirs publics doivent réduire, peuvent venir aussi renforcer la cohésion des territoires.

L’évolution des pratiques futures se réalisera en réinvestissant les missions fondamentales de l’enseignement agricole : former des jeunes au service des territoires. Car c’est là toute la base de son éducation. Avant tout, la production agricole est destinée à servir les territoires. Comment ? A l’avenir, elle se fera par une production raisonnée, en circuits-courts, avec davantage de produits made in France. La population a pris conscience qu’il est désormais possible de trouver une alimentation de qualité à moins de 10 km de chez soi. Le deuxième axe touche les services à la personne. Le monde agricole s’insère encore plus qu’hier dans une logique du care, du soin. L’agriculture nourrit et prend en charge les individus dont la demande en alimentation saine - et en sécurité sociale - est tout aussi forte. L’enseignement agricole peut y contribuer en formant des jeunes dans l’accompagnement des personnes les plus fragiles (grand âge, handicap) par exemple.

Ces évolutions seront possibles si les pouvoirs publics prennent en considération ces deux missions historiques de l’enseignement agricole qui charpentent la société et crée les conditions d’un ciment social. Il leur faut appréhender la richesse de cet enseignement qui remplit le rôle d’accélérateur de politique sociale et de créateur de liens.


 

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