www.marketingNews.fr
27/11/2021
logo_mknews

L'information permanente dédiée aux dirigeants et aux marketeurs

e-commerce

La logistique 4.0

Le petit-déjeuner du 1er Février 2017 de la Chaire E.Leclerc/ESCP Europe « Prospective du commerce dans la société 4.0 » avait pour thème : « La logistique 4.0 ». Animé par Michel-Edouard Leclerc et Olivier Badot, les intervenants étaient le Professeur Eric Ballot (Mines Paris Tech), le Professeur Aurélien Rouquet (Neoma Business School) et Chloé Voisin-Bormuth (La Fabrique de la Cité/Vinci).

1. Une logistique de plus en plus plébiscitée

Chaîne d’acteurs très complexe – producteurs, plateformes, grossistes, transporteurs, détaillants, distributeurs -, la logistique reste difficile à maîtriser et suscite de nos jours un regain d’intérêt. En effet, comme l’a rappelé en préambule le Professeur Eric Ballot (Mines Paris Tech), « la logistique sert d’abord à répondre à une demande ».

Aujourd’hui, on assiste à une atomisation exponentielle des flux et des prestations. Différentes problématiques comme l’allongement des distances, la réduction des délais de livraison ou une utilisation partielle des entrepôts et des taux de remplissage insuffisants, démontrent une difficulté à optimiser les moyens logistiques et à anticiper les flux.

De plus, le consommateur devient de plus en plus exigeant, souhaitant le monde à sa porte de manière instantanée, tout en restant écologique et respectueux de l’environnement. Chloé Voisin-Bormuth (La Fabrique de la Cité) rappelle que « Le transport de marchandises à usage privé ou professionnel représente plus d’un tiers des émissions de CO2 en zone urbaine, 50% des particules fines rejetées dans les villes, et 9 à 15% des déplacements de véhicules ».

Une logistique toujours plus efficace est donc au cœur des préoccupations, aussi bien des industriels que des consommateurs. Pour Michel-Edouard Leclerc, l’enjeu ne fait aucun doute : « La logistique est un secteur d’avenir à investir. C’est la clé de la performance de demain. C’est elle qui fait et fera la différence dans le calcul de la valeur d’une enseigne ».

2. « L’Internet physique » au secours de la logistique

Comment recréer de l’efficacité logistique ? Pour le Professeur Eric Ballot, « Rien ne sert de mettre la pression sur les transporteurs (…) : il faut proposer une autre organisation du travail logistique ». La solution serait ainsi de mutualiser et partager les ressources logistiques, interconnecter plusieurs réseaux et les prestations. Eric Ballot cite pour exemple la création de points de partage, d’entrepôts mobiles, des sortes de « ports terrestres » ou encore un retour à un fret ferroviaire groupé. L’installation de boîtes modulaires partagées, comparables aux conteneurs, serait également à prendre en compte.
Selon le Professeur Aurélien Rouquet (Neoma Business School), une « mutualisation entre les enseignes mais aussi entre les consommateurs » présagerait « des chaînes logistiques multipliées et multidirectionnelles ».

L’avenir de la logistique s’écrit d’ores et déjà avec le numérique, « l’Internet physique » comme le précise le Professeur Eric Ballot. L’Internet des objets appliqué aux outils de la logistique (camions, boîtes et conteneurs connectés) offre traçabilité et interactions dynamiques. En la matière, l’Europe propose de nombreuses ressources innovantes : la plateforme Alice, des start-up (Mix, Move, Match en Norvege, le Centre de Routage Collaboratif en France…). Chloé Voisin-Bormuth rappelle par exemple le programme européen d’optimisation du chargement des camions, le Port de Hambourg ou encore la construction de centres mutualisés de consolidation des matériaux de chantiers à Londres.

3. L’émergence d’un consommateur-logisticien

Autrefois cantonné en bout de chaîne, le consommateur joue désormais un rôle crucial dans cette logistique 4.0. En effet, « Il est devenu une ressource logistique à part entière », explique le Professeur Aurélien Rouquet. Ikea fait entrer le consommateur dans ses entrepôts et la grande distribution crée des libres services, transformant le consommateur en véritable logisticien.
« La grande nouveauté, c’est le digital -smartphones, applis, tablettes et demain frigos et maisons connectés- qui induit une implication beaucoup plus forte et possible de ce consommateur dans le schéma et le rend acteur de cette logistique commerciale », développe le Professeur Aurélien Rouquet.

Cette « logistisation de la consommation » impacte fortement les distributeurs. Ces derniers sont contraints d’intégrer ce consommateur-logisticien dans leur schéma et de diversifier leurs espaces de relation (drives, Internet, livraison personnalisée…). Difficulté supplémentaire : les distributeurs sont également obligés de combiner les attentes de chacun tout en restant cohérents avec leur propre positionnement stratégique.

Certaines start-up du Net, en jouant les « distributeurs urbains », créent un lien direct entre producteurs et consommateurs. Qu’il s’agisse d’Amazon Flex, Deliveroo, Nestor, Bobchef ou encore Instacart aux Etats-Unis, ces entreprises menacent les distributeurs en les ramenant à de simples fournisseurs. Il arrive même que les distributeurs se retrouvent complètement écartés de la relation avec le consommateur, devenu complètement autonome. On assiste ainsi à une logistique « pair à pair » dont l’essor semble inéluctable. Le Bon Coin, Vestiaire Collective, La Ruche qui dit Oui ou le succès des supermarchés collaboratifs n’en sont qu’un témoignage criant.

4. La logistique urbaine 4.0

Avec la logistique 4.0, c’est toute la Ville qui doit se repenser. « Si la logistique urbaine n’est pas tout à fait un sujet nouveau – la Ville a toujours été comme un cœur qui aspire et rejette en permanence – la question revient au cœur des débats sous la pression des attentes », affirme Chloé Voisin-Bormuth qui distingue trois scenarii.
Dans un premier temps, la collectivité pourrait jouer sur sa puissance réglementaire afin de se repenser en « hub logistique ». Londres a ainsi créé un port logistique à 30 kms de son centre, propose un transport mixte fret/ferroviaire vers le cœur de la ville et a instauré une « no emission zone ». Quant à Barcelone, les espaces de la voierie y ont été optimisés.
Les acteurs privés ont un rôle à jouer : ils peuvent ainsi développer de nouveaux schémas comme des plateformes d’e-commerce ou une logistique à la demande.
Enfin, le potentiel productif peut lui-même être repensé et reprendre sa place dans la cité sous forme de circuits courts. A Montréal, des fermes urbaines en hydroponie de Montréal ont été mises en place et à Détroit, l’économie circulaire est fondée sur le recyclage.

Lancées en avril 2016, les rencontres mensuelles de la Chaire E.Leclerc et ESCP Europe dédiées à l’avenir du commerce dans la société 4.0 sont un lieu de débat et de réflexion approfondie entre les professionnels et les étudiants sur le commerce et la distribution du futur et sur l’impact des nouvelles technologies sur le secteur. Elles sont animées par le Professeur Olivier Badot, Doyen de la Recherche ESCP Europe et Directeur Scientifique de la Chaire en présence de Michel-Edouard Leclerc (Président des Centres E.Leclerc et Président de la Chaire E.Leclerc/ESCP Europe). Plus d'infos : chaire.leclerc@escpeurope.eu